AI agentica McKinsey

McKinsey : les DSI protagonistes alors que l'IA agentique redessine l'entreprise

Ce n’est plus seulement une question d’infrastructure, de cloud ou de cybersécurité. Selon le rapport McKinsey Global Tech Agenda 2026, publié par McKinsey & Company, une transformation structurelle est en cours dans la manière dont les entreprises conçoivent la technologie : les Chief Information Officers deviennent de véritables architectes de la stratégie.

L'étude, basée sur une enquête mondiale menée auprès de plus de 600 dirigeants technologiques et chefs d'entreprise dans 69 pays, met en évidence une nette fracture entre deux catégories d'entreprises : celles qui modernisent simplement l'informatique et celles qui « recâblent » l'organisation pour générer un avantage concurrentiel. Dans ces derniers, la technologie n’est plus un centre de coûts mais un moteur de valeur.

Ce chiffre est emblématique : 64 % des entreprises les plus performantes déclarent que le DSI est « fortement impliqué » dans la définition de la stratégie de l'entreprise, contre 52 % des autres organisations. Un changement qui marque le passage d’une fonction technique à une responsabilité directe de la croissance.

Les DSI sont très impliqués dans l’élaboration de la stratégie commerciale de l’entreprise.

Du budget annuel à la stratégie en cours

La différence ne réside pas seulement dans le rôle du DSI, mais aussi dans la façon dont les entreprises planifient. Dans les organisations les plus performantes, la stratégie technologique est co-créée de manière itérative entre le business et l’informatique tout au long de l’année. Près de la moitié des entreprises les plus performantes adoptent désormais ce modèle continu, soit un doublement du pourcentage par rapport à l'enquête précédente.

Aller au-delà du cycle de planification annuel traditionnel représente un profond tournant culturel. La stratégie devient un processus dynamique, alimenté par les données, l'expérimentation et le feedback continu. La technologie cesse de courir après l’entreprise et devient partie intégrante de sa conception.


Le modèle produit & plateforme : moins de bureaucratie, plus de rapidité

L'un des piliers du nouvel agenda est l'adoption de modèles opérationnels « produit et plateformeDans les entreprises leaders, près d’un sur dix a déjà pleinement mis en œuvre cette démarche dans toutes les équipes, un pourcentage quatre fois plus élevé que dans les autres entreprises.

Le principe est simple mais radical : organiser le travail par produits et plateformes, avec des équipes transversales intégrant des expertises technologiques et métiers. Les décisions se prennent en jours et non en mois. Les étapes intermédiaires sont réduites, le flux d'informations augmente.

Un bon exemple est DBS Bank, qui a réorganisé sa structure en plus de 30 plates-formes axées sur les clients et les capacités, pilotées conjointement par les activités et la technologie. Le résultat a été un renforcement de la capacité de la banque à innover et à faire évoluer les produits numériques, contribuant ainsi à consolider la réputation de la banque comme l'une des banques les plus digitalisées au monde.


L’IA, de l’expérimentation à l’impératif stratégique

L’intelligence artificielle est aujourd’hui la première priorité d’investissement. Il a dépassé la cybersécurité et la modernisation des infrastructures en tant que principal domaine de dépenses pour les deux prochaines années. 50 % des entreprises l’indiquent comme une priorité, un pourcentage qui s’élève à 54 % parmi les plus performantes.

Mais il ne s’agit plus seulement d’IA générative pour automatiser des tâches de base. Le rapport McKinsey parle explicitement d'« IA agentique » : des systèmes capables de planifier, de décider et d'agir de manière autonome tout au long de flux de travail.

Les grandes entreprises augmentent considérablement leurs budgets technologiques pour soutenir cette évolution. 28 % des entreprises les plus performantes s’attendent à des augmentations de plus de 10 % en 2026, contre seulement 3 % des autres entreprises.


Le cas Aviva : quand l’IA change le métier

Un cas concret est celui de la compagnie d’assurance britannique Aviva, qui a mis en œuvre plus de 80 modèles d’IA tout au long du processus de gestion des sinistres.

L’impact a été tangible :

  • Réduction de 23 jours des délais d'évaluation de la responsabilité ;
  • Amélioration de 30 % de la précision du routage ;
  • Baisse de 65 % des plaintes ;
  • multiplication par sept des scores de satisfaction des clients.

Pas seulement l’efficacité, mais aussi la transformation opérationnelle et culturelle. L’IA n’a pas été présentée comme un outil isolé, mais plutôt comme un levier pour repenser le modèle opérationnel.


Les ombres de la transformation : données, compétences, résistances

Malgré l’enthousiasme, le chemin est tout sauf linéaire. Un quart des entreprises les plus performantes déclarent qu’elles ne disposent pas encore de bases de données suffisamment solides pour faire évoluer l’IA agentique en toute sécurité. Près d’un tiers signalent des lacunes en matière de compétences et des difficultés d’intégration avec les systèmes existants.

Mais l’obstacle le plus complexe est peut-être culturel. Parmi les entreprises les plus avancées, 24 % citent la gestion du changement comme principal défi. Intégrer l’IA dans les flux quotidiens implique de changer les rôles, les responsabilités et les processus décisionnels.


Insourcing versus externalisation : la nouvelle bataille des talents

Les entreprises les plus performantes réagissent en s’appuyant sur trois leviers :

  • l'internalisation,
  • recyclage
  • recrutement ciblé.

Près de la moitié envisagent de rapatrier les compétences stratégiques en interne, contre 37 % des autres entreprises.

La logique est claire : l’externalisation augmente la capacité opérationnelle à court terme, mais l’internalisation renforce les compétences structurelles. Sans expertise interne, la transformation reste superficielle.

Dans le même temps, environ 40 % des entreprises ouvrent ou agrandissent des centres de prestation mondiaux pour accéder aux talents internationaux, signe d’une concurrence de plus en plus mondiale en matière de compétences numériques.


De l’efficacité à la rapidité : le nouveau paradigme concurrentiel

Le rapport met en évidence un net glissement : de la recherche d’efficacité à la recherche de rapidité. Si dans le passé la réduction des coûts passait principalement par la renégociation des contrats avec les fournisseurs, la priorité est aujourd'hui d'améliorer la productivité interne, de simplifier les flux de travail et de restructurer les modèles opérationnels.

Les trois quarts des entreprises les plus performantes ont modifié leurs habitudes de dépenses technologiques pour générer des avantages numériques et commerciaux. Il ne s’agit plus de « moderniser l’informatique », mais de construire une entreprise intelligente dans laquelle les données, l’IA et les décisions sont intégrées dans une seule couche opérationnelle.


Le playbook 2026 : quatre impératifs pour les DSI

Le rapport identifie quatre orientations stratégiques pour les leaders technologiques.

1. Mettez la technologie au centre de votre stratégie.
Le CIO doit s'asseoir en permanence à la table du CEO et contribuer à la définition du business model.

2. Cocréez en continu.
Allez au-delà de la planification annuelle et intégrez les activités et la technologie dans des cycles itératifs permanents.

3. Utilisez l’IA pour stimuler l’innovation.
Pas seulement une efficacité incrémentielle, mais également l’intégration de l’IA agentique dans les processus clés.

4. Reconfigurez votre organisation autour de l’IA.
Adoptez des modèles axés sur les capacités et développez des compétences internes pour générer un retour sur investissement mesurable.


La technologie comme système, pas comme budget

Le message final est clair : le succès ne vient pas de dépenser plus, mais de dépenser mieux. Les DSI les plus efficaces gèrent les investissements technologiques comme un système qui connecte les personnes, les données et la stratégie.

Dans ce nouveau scénario, la distinction entre entreprise et technologie tend à s’estomper. L’entreprise intelligente est une entreprise dans laquelle l’IA n’est pas un projet, mais une infrastructure de décision largement répandue.

La transformation décrite par Agenda technologique mondial 2026 il ne s’agit pas d’une option tactique, mais d’un choix structurel. Les entreprises capables d’intégrer l’IA agentique, les modèles de produits et de plateformes ainsi que les compétences internes seront en mesure de générer une croissance durable et une innovation évolutive.

Les autres risquent de rester ancrés dans un paradigme dépassé, dans lequel la technologie est encore considérée comme un support opérationnel plutôt que comme l’architecture du futur.