L’Europe voulait donner l’exemple au monde avec sa loi sur l’IA. Ce que vous accomplissez devient évident

L’Europe voulait donner l’exemple au monde avec sa loi sur l’IA. Ce que vous accomplissez devient évident

Bruxelles a accepté de reporter à décembre 2027 les restrictions les plus sévères de sa loi sur l’IA, ce qui en pratique déplace son impact réel à 2028. Au départ, le calendrier était beaucoup plus ambitieux et visait à interdire et punir les systèmes d’IA classés comme « risque inacceptable », mais tout cela est désormais lettre morte. Cela montre clairement que les institutions communautaires ne sont pas prêtes à superviser ce qu’elles entendaient réglementer. Qu’ils le disent à AESIA.

Une victoire avec des risques. Le chancelier allemand Friedrich Merz a obligé l’Allemagne à dicter le rythme de Bruxelles. Mez a fait pression jusqu’à la dernière minute pour que les applications industrielles de l’IA soient pratiquement hors du champ de la loi. Cela permettra aux géants économiques allemands tels que Siemens ou Bosch de ne pas avoir à se conformer à la réglementation. Selon Politico, c’est une victoire politique pour Berlin – même si d’autres entreprises comme ASML réclamaient la même chose – qui protège ses poids lourds, mais elle pose un problème : si nous laissons l’IA contrôler les usines et les infrastructures critiques, nous risquons que ses échecs aient un impact énorme, ce qui est exactement ce que proposait la loi sur l’IA. Ce qui était considéré il y a six mois comme à haut risque ne l’est plus.

Bruxelles reprend ses esprits. Les députés ont compris quelque chose qu’ils refusaient d’admettre depuis longtemps : être le « shérif » d’Internet ne sert à rien si l’on n’a pas sa propre industrie de l’IA. Tandis que l’Europe réglementait, les États-Unis et la Chine se développaient sans contrôle. Cet accord est l’aveu clair qu’il n’est pas logique de réglementer avec une main lourde un marché que l’on ne domine pas. L’UE donne désormais un peu d’oxygène à ses entreprises au lieu d’imposer des réglementations que le reste du monde ignore tout simplement. L’« effet Bruxelles » a un plafond, et ce retard le marque.

La loi IA n’abandonne pas complètement. L’UE a toutefois inclus une interdiction expresse des systèmes d’IA capables de générer des deepfakes de personnes reconnaissables. C’est une réponse directe à la controverse générée par des outils tels que ceux présents dans X, et une manière de maintenir quelque peu vivant l’esprit protecteur de la loi. L’obligation d’identifier les contenus générés par l’IA demeure également, mais le délai de grâce est désormais plus strict, à trois mois par rapport aux six mois précédents. Malgré cela, il y a un net abandon sur ce qui comptait le plus.

Prudent. Si l’UE a décidé de retarder sa loi phare sur l’IA face à la pression industrielle, qu’est-ce qui empêchera le DMA ou le DSA de subir le même sort ? Les deux réglementations sont impliquées depuis un certain temps dans des batailles industrielles complexes : Apple et Meta continuent de s’opposer au respect des exigences d’interopérabilité et de transparence, et la Commission a dû nuancer ses propres exigences. Le précédent de la est dangereux car il montre que la pression politique fonctionne.

Réglementer tellement pour quoi. L’UE souhaite depuis des années être à la pointe de la réglementation technologique sans être leader (ni même rivaliser dans de nombreux domaines) en matière d’innovation technologique. Le RGPD a servi de norme mondiale car l’Europe était un marché suffisamment grand pour imposer des conditions d’entrée. La différence est que l’IA dépend de quelque chose de très différent, et ici le sentiment est que la seule chose que fait l’Europe est d’ouvrir des portes sur le terrain. Le fait que sa propre loi sur l’IA finisse par être d’abord modifiée puis retardée n’est rien de plus qu’une reconnaissance tacite que la stratégie et l’ambition réglementaires de l’UE ont été un coup dans le pied. Celui qui a aggravé les conditions pour pouvoir rivaliser avec celles des autres pays.

Images | Forum économique mondial

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