Une archéologue examine des inscriptions mayas anciennes sur un mur au Guatemala

Au Guatemala, un mur vieux de 1 200 ans révèle le nom d’un astronome maya

Sur un mur de Xultun, quelques signes peints ont résisté pendant environ douze siècles. Leur lecture permet aujourd’hui d’associer une formule calendaire et astronomique à un nom : Sak Tahn Waax. Selon les épigraphistes, celui-ci peut être traduit avec prudence par « Renard à la poitrine blanche ».

La révélation n’est pas celle d’une chambre tout juste sortie de terre. La pièce peinte de la structure 10K-2 est étudiée depuis sa découverte en 2010. C’est le déchiffrement approfondi publié en ligne le 14 juillet 2026 dans la revue scientifique Antiquity qui constitue l’avancée récente.

À Xultun, un atelier savant préservé sous un bâtiment

Xultun se situe dans les basses terres mayas du Petén, au Guatemala, non loin de Tikal. La chambre de la structure 10K-2 avait été comblée par les habitants, probablement au milieu ou à la fin du VIIIe siècle, avant de servir de fondation à une construction plus récente. Cet enfouissement a contribué à protéger ses peintures.

Ses murs portent des personnages et de nombreux « microtextes », c’est-à-dire de petites notations fonctionnelles. L’archéologie y a aussi livré des indices liés à la fabrication de papier. Pour Franco D. Rossi, David Stuart et Heather Hurst, auteurs de l’étude, la pièce a vraisemblablement servi d’espace de travail et d’apprentissage associé à la production de livres en papier d’écorce.

Cette interprétation reste une reconstitution archéologique, pas la description certaine d’une salle de classe au sens moderne. Les outils, la disposition de la chambre, les titres de scribes peints et la nature des calculs convergent néanmoins vers un lieu où des spécialistes produisaient et transmettaient des savoirs.

Onze glyphes rendus plus lisibles par l’imagerie

Le passage concerné, appelé « Texte 19 », se trouvait sur le mur est. Pour distinguer les pigments dégradés, l’équipe a confronté dessins à l’échelle, photographies, scans, prises de vue infrarouges et traitements multispectraux. Elle a ainsi documenté onze glyphes, puis reconstruit les parties manquantes en s’appuyant sur les règles connues de l’écriture et du calendrier mayas.

La formule combine des dates et des intervalles. Les chercheurs y reconnaissent notamment les calendriers de 260 jours et de 365 jours, réunis dans la « Roue calendaire », ainsi que des cycles liés aux mouvements de Vénus et de Mars. Leur reconstruction situe la date initiale au 7 novembre 781 dans le calendrier julien, soit le 11 novembre 781 dans le calendrier grégorien.

Ces nombres ne sont pas un simple relevé du ciel. L’étude décrit un agencement inédit de cycles calendaires et planétaires, probablement conçu comme un exercice mathématique fondé sur des nombres idéalisés. Chez les Mayas de l’époque classique, calcul du temps, observation astronomique, rituels et décisions politiques étaient étroitement liés.

« Ainsi dit Sak Tahn Waax »

Les deux derniers glyphes changent la portée du texte. Le premier se lit che-he-na, ou cheheen, une formule que les auteurs traduisent par « ainsi dit… ». Il est suivi de la séquence SAK-TAHN-wa-xi, lue Sak Tahn Waax. L’étude propose pour ce nom la traduction anglaise « White-chested Fox », rendue en français par « Renard à la poitrine blanche ».

Il ne faut pas transformer cette lecture en certitude biographique. Rossi, Stuart et Hurst estiment que la formule attribue le travail à une personne historique. Mais Sak Tahn Waax a pu calculer et peindre lui-même le texte, ou être une autorité savante citée par le scribe qui l’a inscrit. Le mot « astronome » est par ailleurs une catégorie moderne choisie pour rendre compréhensible un ensemble d’activités mayas qui associaient écriture, mathématiques et observation.

Un nom qui individualise la science maya

Des signatures d’artistes sont déjà connues sur des céramiques et des monuments mayas. En revanche, les auteurs d’Antiquity présentent cette mention comme le seul exemple actuellement connu, pour la période classique, d’un mathématicien-astronome directement crédité pour son travail. Le texte suggère que l’auctorialité intellectuelle pouvait avoir une valeur dans certains milieux de cour.

Une occurrence unique ne permet toutefois pas d’affirmer que tous les calculateurs signaient leurs formules, ni de retracer la vie, le statut exact ou la formation de Sak Tahn Waax. Plusieurs signes restent partiellement reconstruits et la fonction précise de la pièce demeure discutée. La découverte apporte donc moins le portrait complet d’un savant qu’un rare point de contact avec une personne derrière les calculs.

C’est précisément sa force : le mur de Xultun montre les connaissances mayas en train de se fabriquer, sous forme de notes et d’essais, plutôt que seulement dans un monument achevé. Douze siècles plus tard, un nom réapparaît, mais l’étude archéologique rappelle aussi tout ce que les pigments effacés ne permettent pas encore de savoir.