Comment les entreprises canadiennes peuvent utiliser la technologie pour identifier le travail forcé dans leurs chaînes d'approvisionnement

Comment les entreprises canadiennes peuvent utiliser la technologie pour identifier le travail forcé dans leurs chaînes d’approvisionnement

Levi Strauss Canada est une autre entreprise confrontée à des allégations de travail forcé dans sa chaîne d’approvisionnement. Les allégations, que Levi Strauss nie, portent sur la question de savoir si l’entreprise travaille avec des fournisseurs utilisant le travail forcé ouïghour. Avec plus de 27 millions de personnes dans le monde soumises au travail forcé, nous pouvons nous attendre à assister à des allégations similaires ailleurs dans les années à venir.

Même si le Canada bénéficie de solides protections contre l’exploitation au travail, la question du travail involontaire pourrait nous toucher plus près que prévu. La réalité est que le travail forcé aurait pu être utilisé pour produire bon nombre de nos articles quotidiens, notamment des vêtements, des appareils électroniques et des véhicules.

Le Canada a franchi une étape importante pour résoudre ce problème grâce à la Loi sur la lutte contre le travail forcé et le travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement. À compter du 1er janvier 2024, les entreprises ayant des activités importantes au Canada seront légalement tenues de prêter une plus grande attention aux conditions de travail dans leurs chaînes d’approvisionnement.

Cette loi harmonise les efforts du Canada pour lutter contre le travail forcé avec ceux d’autres régions comme les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie.

En vertu de cette loi, toute entité ayant des activités importantes au Canada sera tenue de rendre compte chaque année de ses efforts pour prévenir et remédier au travail forcé et au travail des enfants dans ses chaînes d’approvisionnement.

Cela inclut la divulgation d’informations sur les politiques pertinentes, les processus de diligence raisonnable, les points chauds de la chaîne d’approvisionnement, la formation des employés et les mesures correctives. La loi comprend également des dispositions relatives aux mesures correctives et aux sanctions.

Identifier le travail forcé grâce à la technologie

La nature complexe des chaînes d’approvisionnement rend difficile l’identification du moment et du lieu où se produit le travail forcé ou le travail des enfants. Les chaînes d’approvisionnement peuvent contenir des milliers de fournisseurs répartis sur plusieurs continents. Même les grandes entreprises internationales comme Levi Strauss, qui dispose d’un code de conduite solide en matière de fournisseurs, peuvent se retrouver confrontées à des allégations de violations dans leurs chaînes d’approvisionnement.

Pour explorer comment identifier le travail forcé et le travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement, nous avons mené plus de 30 entretiens avec des experts du monde entier. Ces experts comprenaient des représentants d’organisations non gouvernementales, d’entreprises et d’organismes d’audit, donnant un aperçu de la manière dont les technologies émergentes peuvent être utilisées pour aider à identifier de telles pratiques.

La difficulté d’identifier des fournisseurs éloignés, par exemple, pourrait être simplifiée en utilisant l’ADN pour identifier l’origine d’un produit, comme c’est le cas pour le coton, les fruits de mer et le chocolat.

Les drones et l’imagerie satellitaire peuvent être utilisés pour identifier les points chauds potentiels du travail forcé, tels que les briqueteries isolées, les mines ou les zones de déforestation illégale. L’IA peut également prédire les zones à haut risque de travail forcé et de travail des enfants et attirer l’attention sur ces régions.

De plus, les technologies émergentes peuvent aider à identifier certaines formes de tromperie. La technologie Blockchain, par exemple, peut fournir un registre inaltérable des transactions en temps réel, empêchant ainsi toute manipulation ultérieure. L’intelligence artificielle peut traiter rapidement d’immenses quantités de données, ce qui aide à détecter des modèles inhabituels indiquant une fraude potentielle.

Faire face au risque de pratiques trompeuses

Dans certains cas, les entreprises sont incitées à dissimuler leurs pratiques illégales et immorales. Transparentem, un groupe à but non lucratif axé sur l’éradication des abus au travail, a trouvé des preuves de tromperie lors d’audits de la chaîne d’approvisionnement dans des usines de confection en Inde, en Malaisie et au Myanmar. Ces pratiques trompeuses comprennent la falsification de documents, le fait d’inciter les travailleurs à mentir et la dissimulation de travailleurs qui semblent être employés illégalement.

Sur la base d’entretiens approfondis avec des auditeurs, des fournisseurs, des représentants de marques et des travailleurs de l’industrie de l’habillement, Human Rights Watch a constaté que ces risques sont élevés lorsque les entreprises sont informées à l’avance d’un audit à venir.

L’intégration de capteurs, de caméras et d’autres technologies cloud peut permettre une surveillance en temps réel des conditions de travail, atténuant ainsi les risques de préavis d’audit. Des capteurs et des caméras, par exemple, ont été utilisés sur les navires de pêche pour transmettre des données à distance en temps quasi réel.

Les plateformes vocales des travailleurs, telles que celles utilisées dans l’industrie électronique, permettent aux travailleurs de donner leur avis directement via des applications pour smartphone. Cela peut servir de mécanisme de dénonciation en temps réel pour les travailleurs piégés dans le travail forcé.

La technologie n’est qu’une partie de la solution

Malgré ses avantages potentiels, la technologie présente encore des faiblesses, telles que des coûts élevés, une vulnérabilité à la manipulation et une sécurité des données faible, qui doivent être corrigées. La technologie blockchain, par exemple, peut codifier des données manipulées ou incorrectes à moins que les précautions nécessaires ne soient prises.

Pour répondre aux exigences de la loi sur la lutte contre le travail forcé et le travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement, il faudra ancrer la technologie dans une approche plus large basée sur les risques, comprenant la sélection, la surveillance et l’audit des fournisseurs.

En outre, même lorsque la technologie indique la présence de travail forcé ou d’enfants, une vérification et un suivi sur le terrain sont souvent nécessaires. L’identification n’est que la première étape. La loi exige des rapports sur les mesures correctives, qui reposent généralement sur des relations de collaboration à long terme avec les parties locales.

Aborder la question du travail forcé et du travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement est difficile et complexe. Même si la technologie peut aider les entreprises à remplir leurs obligations de déclaration en vertu de la loi, l’identification et la résolution de ces problèmes cruciaux nécessiteront des efforts continus et concertés.

Le premier rapport est attendu le 31 mai 2024, les entreprises n’ont donc pas de temps à perdre pour se conformer à la loi.