Centres de données en Italie, la croissance et l’essentiel des règles 2026
En Italie, les centres de données sont des infrastructures qui affectent l’industrie, l’énergie, l’urbanisme et les politiques publiques. La donnée la plus immédiate est celle de la croissance : en Europe, il existe environ 3 500 centres de données, tandis qu’en Italie, il y a 209 installations opérationnelles. La Lombardie est la région avec la plus grande concentration, avec 33 centres actifs et 10 autres en construction, selon les données rappelées par Portolano Cavallo et les reconstructions sectorielles publiées en juillet 2026.
La géographie des colonies explique pourquoi la question est devenue politique autant qu’industrielle. Un centre de données nécessite une disponibilité énergétique, des connexions fibre, un accès aux réseaux, des terrains, de l’eau pour le refroidissement et une chaîne d’autorisation qui implique plusieurs administrations. Lorsque le nombre de projets augmente, les tensions grandissent également : d’une part, la volonté de rendre le pays plus compétitif dans la course au cloud, à l’intelligence artificielle et aux services numériques ; de l’autre, des résistances liées à l’impact territorial, aux délais de consommation et d’autorisation. La Commission européenne, quant à elle, a déjà lancé des outils de suivi et une démarche vers des critères communs d’évaluation énergétique pour les centres de données, signe que la réglementation s’oriente de plus en plus vers une échelle continentale.
L’Italie tente de simplifier les processus
La première réponse organique du législateur national est venue avec le décret-loi du 20 février 2026, n. 21, converti en loi du 10 avril 2026, n. 49. La disposition inclut les centres de traitement de données dans un paquet plus large dédié à l’énergie, à la compétitivité et à la décarbonation et introduit, à l’article 8 selon les reconstructions juridiques publiées ces derniers mois, une procédure d’autorisation unique pour la construction et l’expansion de centres de données. La logique est la suivante : concentrer les autorisations et les évaluations en un seul processus et fixer un délai maximum de dix mois, sauf exception.
Le point de départ était connu des opérateurs depuis un certain temps. En l’absence d’une filière unique, les projets étaient découpés en une séquence d’étapes urbaines, environnementales, énergétiques et paysagères qui allongeaient souvent les délais et rendaient incertain le coût réel de l’investissement. Pour un secteur qui pense à long terme et à un capital élevé, la variable réglementaire pèse presque autant que la disponibilité de l’énergie. C’est également la raison pour laquelle la nouvelle procédure unique a été considérée comme une tentative de rendre l’Italie plus prévisible pour les investisseurs.
La Lombardie comme laboratoire de réglementation
L’étape suivante s’est déroulée au niveau régional. La loi de la Région Lombardie du 3 juin 2026, n. 11 est la première intervention régionale spécifiquement dédiée à la création de centres de données. Le texte institue un « service d’assistance régional pour les centres de données », confie à la Région des pouvoirs d’autorisation dans certains cas liés à La Haye et demande aux projets un rapport énergétique avec des indications sur les sources renouvelables, les performances énergétiques-environnementales et la récupération de chaleur, lorsque cela est nécessaire.
Le choix lombard n’est pas dû au hasard. La région de Milan et, plus généralement, la région de Lombardie sont le principal hub italien de centres de données pour des raisons économiques et infrastructurelles : concentration des entreprises, demande de services numériques, réseau électrique et dorsale de télécommunications. La région fonctionne donc comme un terrain d’essai. Ce qui se passe ici peut anticiper des choix réglementaires destinés à s’étendre ailleurs.
La loi régionale a été créée avec des objectifs explicites : soutenir la numérisation, régir les effets territoriaux et réduire le risque d’une croissance désordonnée. Le texte montre cependant déjà les tensions typiques de cette affaire. D’un côté, la Région essaie de contrôler le marché ; d’autre part, il introduit des mécanismes qui, selon divers observateurs juridiques, pourraient compliquer plutôt que simplifier. (Source : osborneclarke.com)

Les points critiques : récompenses sélectives, charges et transition
Le premier nœud concerne les critères de récompense. La loi lombarde prévoit des avantages procéduraux et d’éventuelles mesures favorables pour les projets qui répondent à certaines priorités urbaines et énergétiques-environnementales. En résumé, il s’agit d’un choix conforme aux objectifs de durabilité. En pratique, cependant, une sélection trop rigide peut altérer la concurrence entre les projets et pénaliser des sites qui, bien que ne répondant pas aux critères de récompense, présenteraient de meilleures caractéristiques infrastructurelles ou moins de criticités opérationnelles. Le même texte régional laisse la précision des mesures de récompense aux résolutions ultérieures du conseil, laissant pour l’instant une marge d’incertitude.
Le deuxième point est économique. La loi prévoit une majoration de la contribution à la construction en cas d’implantation dans des zones consommatrices de terres agricoles en l’état actuel : la majoration est de 100 pour cent et peut atteindre 200 pour cent dans les cas indiqués par le texte. L’objectif est clair : décourager la consommation de nouvelles terres et encourager la réutilisation de zones déjà compromises ou abandonnées. Le problème, observent les opérateurs, est qu’une augmentation aussi forte peut rendre un investissement marginal ou irréalisable avant même une évaluation concrète du projet individuel.
Vient ensuite la phase de transition. La loi n’annule pas les diplômes déjà délivrés et ne suspend pas automatiquement les procédures en cours, mais le lien entre les anciennes demandes, les projets en cours et les nouvelles dispositions n’est pas décrit de manière précise. Dans les affaires à forte intensité d’autorisation, toute ambiguïté peut se transformer en recours administratif. Et le contentieux, par définition, est à l’opposé de la simplification.
Le précédent de l’énergie et des hydrocarbures
La prudence des opérateurs ne surgit pas de nulle part. Le droit administratif italien connaît déjà des cas dans lesquels les Régions ont tenté d’avoir un impact restrictif sur des activités considérées comme stratégiques, de l’extraction d’hydrocarbures aux centrales d’énergies renouvelables. À plusieurs reprises, la Cour constitutionnelle est intervenue pour rappeler que les niveaux territoriaux ne peuvent pas introduire d’interdictions absolues ou de modèles d’autorisation en contradiction avec les réglementations de l’État lorsque des intérêts nationaux pertinents sont en jeu. C’est le précédent auquel de nombreux juristes font également référence pour les centres de données. (Source : osborneclarke.com)
Il ne s’agit pas de nier le rôle des Régions. Le territoire, l’environnement et les services locaux nécessitent leur implication directe. L’enjeu en est un autre : éviter que la mosaïque des compétences ne produise des règles différentes d’un territoire à l’autre, des délais difficilement prévisibles et des coûts administratifs qui découragent les nouvelles implantations. Pour un investisseur international, la fragmentation est souvent le premier facteur de dissuasion.
Énergie, eau et consentement local
La réglementation ne découle pas uniquement d’une préoccupation juridique. Cela découle de problèmes matériels. Les centres de données ont besoin d’une alimentation continue et de systèmes de refroidissement efficaces. En Europe, le débat public s’oriente vers ces points : disponibilité de l’énergie électrique, pression sur les réseaux, utilisation de l’eau, possibilité de récupérer la chaleur et impact sur les territoires accueillant les nouvelles centrales. La Commission européenne, avec la base de données prévue par la directive sur l’efficacité énergétique, a fait du suivi de ces paramètres un élément stable de la politique industrielle du secteur.
En Italie, la question est encore plus sensible dans les zones où la demande est plus dense, comme la Lombardie. Les opportunités et l’opposition locale sont concentrées ici. La loi régionale tente d’y répondre avec des rapports énergétiques, des task forces techniques et des mesures compensatoires. Cependant, la question décisive reste ouverte : ces mesures rendront-elles les voies plus claires ou ajouteront-elles de nouveaux niveaux de discrétion ?
La question décisive est la certitude des règles
Portolano Cavallo résume le problème dans une formule claire. Paolo Giugliano, associé du cabinet, observe : « Le paradoxe est évident, une discipline créée pour simplifier et accélérer la création d’infrastructures numériques stratégiques risque, si elle n’est pas correctement calibrée, de générer des incertitudes, des ralentissements et de nouvelles opportunités de conflit. La régulation des centres de données est donc nécessaire, mais doit éviter de se transformer en un frein indirect au développement. Le défi est de trouver un équilibre entre durabilité, gouvernance territoriale et sécurité des investissements, sans glisser vers des mesures disproportionnées ou susceptibles d’alimenter de nouveaux litiges ».
C’est là que se mesure la qualité de la nouvelle discipline. Personne ne remet en question la nécessité de réglementer un secteur qui touche à l’énergie, à l’urbanisme et aux ressources environnementales. La question est de savoir si la réglementation sera capable de faire la distinction entre contrôle et surcharge, entre sélection raisonnable des projets et barrières administratives. L’Italie part d’une position significative, avec un marché en croissance et un hub lombard déjà consolidé. Mais la concurrence européenne repose sur la rapidité des processus, la stabilité des réglementations et la disponibilité de l’énergie.
Si la situation continue de se stratifier entre les niveaux étatique, régional et européen sans coordination claire, le risque ne se limite pas à quelques mois supplémentaires de procédure. Le risque est de déplacer ailleurs les investissements que le pays tente actuellement d’attirer.
