Logistique italienne : l’IA et les données vont croître aujourd’hui malgré la crise
Ces derniers mois, la logistique italienne s’est retrouvée dans un scénario international de plus en plus dynamique, incertain et complexe, entre changements dans les routes commerciales et nouveaux équilibres dans le transport maritime. Pourtant, au vu des chiffres, le secteur continue de croître, d’embaucher et d’accélérer sa transformation numérique.
Une résilience qui reflète les investissements et les stratégies construites au cours des années précédentes et qui permettent aujourd’hui aux entreprises d’affronter les défis du commerce mondial avec plus de flexibilité.
En effet, après une phase de ralentissement en 2023, la valeur du secteur de la logistique pour compte de tiers a montré des signes évidents de reprise : +1,7% en 2024 et encore +1,9% pour 2025, portant le secteur à 112,4 milliards d’euros.
L’Observatoire de la logistique contractuelle « Gino Marchet » de l’École polytechnique de Milan projetait également le marché au-delà du seuil des 117 milliards en 2026. Une estimation élaborée avant la situation géopolitique actuelle, mais que le secteur peut encore considérer comme réalisable, à condition d’accélérer sur un front précis : celui de l’innovation.
IA et numérisation dans la logistique italienne
D’après l’enquête «Couloirs et efficacité logistique des territoires » réalisée par Contship et SRM auprès de 400 entreprises manufacturières de Lombardie, de Vénétie et d’Émilie-Romagne – les trois régions qui concentrent ensemble la plus grande part d’opérateurs, d’entrepôts et de plateformes intermodales du pays – le secteur de la logistique est en évolution mais reste fragmenté d’un point de vue technologique.
Plus de la moitié des entreprises se déclarent déjà fortement numérisées et 62 % prévoient d’augmenter leurs investissements dans la technologie dans les années à venir, mais seulement 11 % utilisent des solutions intermodales route-rail dans les connexions avec les ports.
Parallèlement, 51 % ont déjà introduit ou évaluent l’utilisation de l’IA, tandis que 43 % signalent les impacts directs des tensions géopolitiques sur leurs chaînes d’approvisionnement. Deux données qui, lues ensemble, indiquent clairement combien la digitalisation n’est plus un levier optionnel, mais une réponse opérationnelle à un contexte structurellement instable.
Confirmant cette tendance, les estimations de l’Université Polytechnique de Milan indiquent qu’environ 30 % des entreprises clientes ont déjà démarré des projets d’IA dans la logistique, avec une diffusion plus marquée parmi les grandes entreprises (46 %) et les moyennes entreprises (42 %) que parmi les petites (19 %). Une part vouée à croître jusqu’à 44% dans les trois prochaines années, accélérée justement par les tensions géopolitiques qui raccourcissent les délais d’adoption.
Les domaines d’application sont concrets : gestion des commandes, prévision de la demande, planification des réapprovisionnements, optimisation des opérations d’entrepôt et des itinéraires de transport. Les technologies telles que les jumeaux numériques, la maintenance prédictive et l’automatisation des flux repensent les processus opérationnels avec des effets mesurables en matière de réduction des coûts et de fiabilité des services.
Les résultats parlent d’eux-mêmes : 81 % des entreprises ayant adopté des solutions d’IA déclarent des avantages concrets en termes d’efficacité des processus, de qualité de service, de réduction des coûts et d’amélioration de la durabilité opérationnelle.
Le nœud de l’intégration numérique
Mais le vrai problème reste l’intégration. La valeur de l’intelligence artificielle ne réside pas dans la technologie elle-même, mais dans la capacité à l’insérer dans les processus métiers : la qualité des données, les compétences internes et les infrastructures numériques sont aujourd’hui les principaux facteurs favorables.
Dans un marché où la majorité des opérateurs logistiques italiens opèrent encore sans API ni intégrations numériques – un niveau nettement supérieur à la moyenne européenne – et où les inefficacités structurelles pèsent environ 30 milliards d’euros par an sur l’économie nationale (Uirnet, MIT), cette marge décrit non seulement des criticités structurelles, mais une opportunité déjà disponible.
Numéros et territoires de la logistique italienne
La logistique italienne représente environ 8% du PIB national, emploie plus de 1,4 million de travailleurs et implique 79 000 entreprises de transport, d’entreposage et de services intégrés (Confindustria, Observatoire de la logistique contractuelle, Polytechnique de Milan).
Sur le front de l’emploi, le bulletin Excelsior d’Unioncamere, confirme que les services de transport, de logistique et d’entreposage sont parmi les principaux domaines d’activation de la demande d’emploi en avril 2026, avec environ 340 mille entrées prévues en avril (68% du total) et 1,15 million au premier trimestre.
Un signe de vitalité qui frappe justement parce qu’il survient à un moment de forte pression opérationnelle, et qui témoigne d’un secteur qui ne s’est pas fermé sur la défensive, mais a plutôt choisi d’investir.
Ce sont avant tout les grands pôles logistiques du nord de l’Italie qui sont à l’origine de cette transformation, la Lombardie et le Piémont restant le cœur du secteur. En effet, le Nord-Ouest concentre 33% du PIB national, 38% des exportations, 35% des salariés et 29% des entreprises, générant 44% du chiffre d’affaires national du secteur.
Le Nord-Est continue également de renforcer son poids grâce à un trafic manufacturier et intermodal orienté vers l’exportation : au premier trimestre 2025, le port de Trieste a enregistré une croissance du trafic de conteneurs de +34,75% et une augmentation des autoroutes de la mer vers la Turquie de +8,61%, confirmant le rôle croissant du Frioul-Vénétie Julienne dans les liaisons entre la Méditerranée et l’Europe centrale.
Dans le même temps, la Vénétie consolide sa centralité logistique grâce à l’intégration entre les districts industriels, les interports et les corridors ferroviaires européens qui continuent de représenter une plaque tournante stratégique pour la distribution des marchandises entre l’Italie et l’Europe continentale.
Des preuves qui montrent comment la compétitivité de la logistique italienne dépend de plus en plus de la capacité des territoires à intégrer les infrastructures, les technologies et les compétences tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
Compétences commerciales et avantage concurrentiel
Une pièce tout aussi décisive concerne les secteurs commerciaux, qui sont aujourd’hui appelés à évoluer d’une fonction commerciale traditionnelle à un levier stratégique d’intégration entre le marché, les clients et la supply chain.
En effet, parmi les profils les plus demandés actuellement figurent des personnalités capables de combiner vision commerciale et compréhension technique des processus logistiques. Il ne s’agit plus seulement de vendre un service de transport ou de stockage, mais de construire des solutions sur mesure, basées sur une analyse prédictive de la demande, une gestion dynamique des flux et une optimisation des coûts tout au long de la chaîne de valeur.
Dans ce scénario, les équipes commerciales deviennent de véritables connecteurs entre la technologie et le business. D’un côté, ils interceptent les besoins des clients – de plus en plus orientés vers la flexibilité, la traçabilité et la durabilité – de l’autre, ils collaborent avec les opérations et l’informatique pour transformer ces besoins en solutions concrètes, souvent rendues possibles par l’intelligence artificielle.
La capacité à lire les données, à anticiper les besoins et à proposer des modèles contractuels innovants devient alors aussi centrale que l’efficacité opérationnelle. Dans un contexte marqué par l’incertitude, la volatilité et les chaînes d’approvisionnement mises à rude épreuve, la fonction commerciale assume également un rôle de gestion des risques : communiquer rapidement sur les changements de délais et de coûts, redéfinir les attentes des clients et entretenir des relations solides deviennent partie intégrante de la résilience des entreprises.
C’est là que des compétences telles que la négociation, la résolution de problèmes et l’expérience client acquièrent un poids de plus en plus stratégique. Enfin, la complexité croissante du secteur rend de plus en plus nécessaire une approche consultative des ventes.
Les entreprises de logistique capables d’intégrer des compétences commerciales avancées avec des outils numériques et des capacités analytiques disposeront d’un avantage concurrentiel concret : non seulement réagir aux crises, mais aussi les anticiper, transformant l’incertitude en opportunités de croissance.
La croissance de la logistique italienne passe par l’IA
En conclusion, la trajectoire de l’industrie vers 117 milliards n’est bien entendu pas garantie. La situation dans le détroit d’Ormuz a ajouté des variables auxquelles aucun modèle de prévision n’avait pensé, mais elle a également accéléré les processus de transformation déjà en cours.
Le secteur qui émerge de cette phase est plus conscient de ses faiblesses et plus motivé pour y remédier.
La logistique italienne présente les caractéristiques nécessaires pour confirmer sa trajectoire de croissance : un tissu entrepreneurial dense, une concentration géographique qui favorise l’innovation à l’échelle du système, une adoption croissante de technologies qui démontrent déjà leur valeur.
La question n’est pas de savoir si le secteur va croître : mais à quelle vitesse il sera capable de se numériser pour soutenir cette croissance. Et c’est à cette capacité que se mesurera la compétitivité des entreprises italiennes dans les mois à venir.
