L'Europe accélère sur l'intelligence artificielle : plus d'un milliard à la start-up de Yann LeCun
Yann LeCun, ancien scientifique en chef de l'IA de Meta, a levé plus d'un milliard de dollars pour sa nouvelle start-up, établissant ainsi le plus grand cycle de financement de semences jamais réalisé en Europe.
La société, baptisée Advanced Machine Intelligence Labs (AMI Labs), a annoncé le 10 mars la finalisation de sa première ronde de financement, soutenue par un groupe international d'investisseurs. Il s'agit notamment de Cathay Innovation, Bezos Expeditions – le fonds personnel du fondateur d'Amazon Jeff Bezos – du fonds souverain de Singapour Temasek, de la société sud-coréenne SBVA et du géant américain des puces Nvidia.

Le financement initial a atteint 1,03 milliard de dollars, selon les données de Dealroom. Au niveau mondial, il vient juste après la levée de 2 milliards de dollars en juin dernier par la start-up américaine Thinking Machines Lab.
Valorisation milliardaire et leadership international
La nouvelle société a été créée avec une valorisation pré-monétaire de 3,5 milliards de dollars.


La direction opérationnelle sera confiée à Alexandre LeBrun, ancien PDG de la start-up française Nabla, tandis que Yann LeCun en sera le président exécutif.
Laurent Solly, ancien vice-président Europe de Meta, rejoindra également l'équipe de direction et deviendra directeur opérationnel. L'entreprise a démarré avec une douzaine d'employés répartis dans des bureaux à Paris, New York, Singapour et Montréal.
Cette ronde record met en évidence l’intérêt croissant des investisseurs pour les nouvelles voies de l’intelligence artificielle qui vont au-delà des grands modèles linguistiques actuellement dominants.
Au-delà des modèles linguistiques : l’idée de « modèles du monde »
LeCun, scientifique franco-américain et lauréat du prix Turing, soutient depuis longtemps qu'il est peu probable que les systèmes formés principalement sur le texte atteignent un niveau de raisonnement semblable à celui des humains.
C'est pour cette raison que la nouvelle entreprise se concentrera sur le développement de ce que l'on appelle des « modèles mondiaux », des systèmes capables de comprendre l'environnement physique. Ces technologies pourraient trouver des applications dans des secteurs tels que la robotique et les transports.
Le projet s'appuie sur les recherches menées par LeCun lors de son expérience chez Meta sur de nouvelles architectures d'intelligence artificielle capables d'apprendre par la vidéo et les données spatiales, et pas seulement par le langage. L’objectif est de créer des modèles capables de conserver la mémoire, de raisonner et de planifier des séquences d’actions complexes.
Rechercher d’abord les applications
Selon le PDG Alexandre LeBrun, le développement prendra du temps avant de produire des applications concrètes.
« À notre avis, tout ce qui nécessite une compréhension du monde réel ne peut pas être résolu par de grands modèles de langage ou par l’IA générative », a-t-il expliqué. « Nous avons au moins un an de recherche avant de déployer les premières applications du monde réel. Mais il ne s'agit pas d'une entreprise axée sur l'IA appliquée. »
La course mondiale aux nouveaux géants de l’IA
Le projet s’inscrit dans la compétition mondiale entre investisseurs en capital-risque à la recherche du prochain géant de l’intelligence artificielle, dans le sillage du succès d’entreprises comme OpenAI et Anthropic.
En 2025, les entreprises d’IA ont attiré environ 48 % du financement mondial du capital-risque, sur un total de 469 milliards de dollars, selon CB Insights. Cela signifie que les startups de l’IA ont levé à elles seules environ 225 milliards de dollars l’année dernière.
Une vague d’investissements également en Europe
Le lancement d'AMI Labs s'inscrit dans une série d'opérations de financement importantes dans le secteur de l'intelligence artificielle en Europe.
Il s’agit notamment du fournisseur de cloud d’IA Nscale, qui a annoncé un tour de table de 2 milliards de dollars, de la start-up d’IA vidéo Synthesia et de la start-up secrète de puces d’IA Olix.
De nouveaux projets sont également en cours au Royaume-Uni : le chercheur David Silver discuterait d'un prêt d'un milliard de dollars, piloté par Sequoia Capital, pour sa nouvelle initiative Ineffable Intelligence.
Ambitions mondiales et partenariats stratégiques
« Nous voulons être une entreprise mondiale, et la structure du cycle reflète la façon dont nous prévoyons de construire cela », a déclaré LeBrun, soulignant que les talents en IA ne se trouvent pas seulement dans la Silicon Valley.
La start-up Nabla, fondée par LeBrun lui-même, sera le premier partenaire d'AMI Labs et utilisera les nouveaux modèles dans le secteur de la santé.


Meta, l'ancien employeur de LeCun, ne fait pas partie des investisseurs, mais conclura un partenariat avec la nouvelle entreprise qui permettra au géant de la technologie d'accéder à la technologie et de la commercialiser. Les détails de l'accord sont encore en cours de finalisation.
LeBrun a conclu en soulignant la différence d'approche par rapport aux autres grandes entreprises du secteur : alors que beaucoup s'engagent à améliorer progressivement les technologies existantes, AMI Labs vise à suivre une toute nouvelle voie.
« Les grandes sociétés d’IA sont engagées dans une course pour s’améliorer étape par étape, et elles ont raison de le faire car elles ne peuvent pas se permettre de perdre », a-t-il expliqué. « Mais nous nous engageons sur une toute nouvelle piste. C'est presque un rêve. »
